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Panne moteur à Ios

36°42'40'' N - 25°15'38'' E. C'est le point GPS de l'entrée du port de Ios, une île au beau milieu des Cyclades. Le Meltem était de la partie et nous obligeait à faire route au sud depuis Paros.

En effet après 15 miles à se battre nez au vent pour rejoindre la côte ouest de Paros, nous decidons de changer de route et de mettre le cap au sud. Le Meltem soufflant depuis le Nord-Est, naviguer au portant dans une mer formée avec un vent de force 6-7 est plus raisonnable. Le vieux ketch avec ses 11 tonnes n'est pas fait pour surfer mais la voile d'artimon et le génois partiellement roulé permettent d'équilibrer le bateau et de souffler un peu. Nous barrons à babord dès que possible pour passer sous le vent de l'île. Le répit est de courte durée car l'effet Venturi provoqué par le couloir entre Paros et Naxos provoque des rafales qui mettent l'accastillage à rude épreuve.
Nous repartons donc au portant direction Ios. Nous ne tardons pas à approcher de la pointe de l'île et nous profitons du soleil qui commence à tomber. La mer se calme à l'approche du sud de l'île qui nous protège du vent en partie. Le spectacle du coucher de soleil est une récompense qui fait oublier les pires conditions de mer. Il n'y a définitivement rien de plus beau. C'est un festival de couleurs.
Ce moment d'éblouissement est le bien venu mais nous venons d'appuyer sur le démarreur et le moteur refuse toute sollicitude. Je sais il faut rester zen mais on n'a qu'une seule envie, donner des coups de pieds dans cette mécanique de m...!!!! D'autant qu'il sort de révision. Nous aurions dû vérifier le travail réalisé. Des variations aléatoires du régime moteur nous avaient alerté 24h auparavant et la prochaine escale allait nous servir de halte technique. Mais à 1/2 mile du port, cela a de quoi rendre nerveux. Et il va falloir patienter pour le verre de rhum, la nuit commence à tomber, nous sommes à 300m des rochers et le vent accuse encore 25 noeuds et la visibilité réduite peut nous laisser face à un ferry en passant la pointe. Nous tentons de rentrer dans la baie de Milopotas à 1 mile en longeant la côte. Nous pointons l'étrave en maintenant un cap serré mais la baie et le port sont parfaitement alignés bout au vent. C'est peine perdue. Il va falloir opter pour une option. Nous rentrons dans d'interminables aller-retours au sud de l'île, entre l'entrée du port et la baie. Mais chaque changement d'amure nous fait dériver un peu plus et à ce rythme, dans 2 heures, nous ne serons plus sous le vent de l'île et il faudra affronter de nouveau le meltem qui assaine ses 40 noeuds de vent.

Nous tentons un appel VHF depuis la radio portable à portée de main. Muette ! le sel a eu raison des piles ou nous l'avons trop secouée de rage, le sort s'abbattant de toute évidence sur nous. Des appels VHF depuis la radio fixe restent sans écho. Il faut admettre que notre grec est des plus limité et l'anglais des locaux n'est pas très académique ! Le vent siffle et n'arrange rien à la diarrhée verbale crashée des hauts parleurs du cockpit. Dieu merci un bateau de pêcheurs s'approche. Est-il là par hasard ? A-t-il entendu nos appels VHF ? Est-il alerté par notre manège tous feux allumés aux abords de la côte ? Peu importe, il a allumé son feu de pont et le bruit sourd de son gros moteur dans la nuit noire qui nous entoure maintenant est rassurant. Nous préparons à la hâte des amarres à l'avant du bateau en prenant soin de les faire passer par les chaumards afin de ne pas endommager les balcons du bateau lors du remorquage. Il ne reste que de chaleureux marins pêcheurs pour sortir avec ce temps pour aider des plaisanciers désemparés. 2 ou 3 passages sont nécessaires pour se comprendre "avec les mains" et leur permettre de récupérer nos amarres. Le cauchemar est fini. La pression tombe et nous rentrons au port alors que le drapeau flottant en haut de l'église surplombant la baie parait être construit de tôle. Dès le pied à terre, nous remercions comme il se doit nos sauveurs et nous nous dirigeons immédiatement à la taverne qui fait face au quai. Il est minuit. Nous allons fêter ça...

Il s'avère que de l'eau de mer est rentrée dans le réservoir à gazole, cause de nos problèmes. Il faudra vidanger entièrement le réservoir, changer les filtres, purger le circuit, récupérer du gazole dans un bidon et jurer aux officiels du port que tout va bien pour repartir. Cela nous prendra 3 jours mis à profit pour visiter cette belle île. Nous promettons de revenir mouiller dans la baie de Milopotas...
En passant le cap de l'île, c'est au moteur que nous effectuons les 3 premiers miles. Un autre spectacle s'offre à nous alors que nous hissons la grande voile. Un rassemblement de quelques dauphins jouent à l'avant de l'étrave du bateau. C'est une telle joie de les voir jouer de part et d'autre de la coque. Le signe que tout commence bien aujourd'hui.

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